Bien que la France ne semble pas être confrontée à des problèmes d’eau majeurs, les événements de ces dernières années révèlent néanmoins des tensions ponctuelles non négligeables autour de cette ressource. Les restrictions d’accès à l’eau observées lors des épisodes de sécheresse estivale et les vives confrontations autour des fameuses bassines – notamment celles de Sainte-Soline rappellent que cette question est plus pressante qu’il n’y paraît. Sur la scène internationale, la situation semble largement plus alarmante: à titre d’exemple, chaque année, la pénurie d’eau touche une fois par mois 2 à 3 milliards de personnes à travers le monde. Il devient donc crucial de s’interroger sur les principales menaces qui pèsent sur cette ressource vitale et de réfléchir aux solutions permettant d’en assurer la préservation et l’accès universel.
En 2024: l’eau, un enjeu mondial
Comme l’explique Emma Haziza, experte en hydrologie, les discussions idéologiques mettent principalement en lumière la question du carbone, or, il est impératif de souligner que les défis associés à l’eau sont d’une importance au moins aussi équivalente. De nombreuses études mettent en lumière les problèmes existants, à l’échelle régionale et mondiale, avec des impacts colossaux sur les populations et la biodiversité. On sait par exemple que plus de la moitié des lacs sur terre sont en déclin. Ensuite, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) indique que l’élévation du niveau de la mer va accentuer la salinisation des eaux souterraines, diminuant ainsi la disponibilité de l’eau douce pour les écosystèmes des zones côtières et les besoins humains. Cette dernière information prend encore plus de sens lorsqu’on sait que seul 0,5 % de l’eau sur Terre est douce, utilisable et disponible selon l’OGG (Organisation Météorologique Mondiale). La question de l’eau constitue ainsi un défi immense pour le monde, car cette infime proportion d’eau doit satisfaire les besoins croissants d’une population mondiale en hausse, répondre aux exigences agricoles (70% de la consommation mondiale) et industrielles, tout en étant menacée par la pollution, le changement climatique et la surexploitation, créant une compétition intense pour une ressource vitale extrêmement limitée.
Quelles principales menaces pèsent véritablement sur l’eau ?
Les ressources en eau sont soumises à plusieurs menaces directes qui compromettent leur disponibilité à l’échelle mondiale. L’une des plus préoccupantes est l’augmentation continue de la population. Avec une demande croissante en nourriture, la pression sur l’eau s’accentue considérablement : pour “produire 1 kilocalorie, il faut environ 1 litre d’eau” rappelle Emma Haziza, et ce besoin quadruple pour la production de viande. Cette pression accrue sur l’eau est exacerbée par la déforestation, qui perturbe les cycles hydrologiques en réduisant la capacité des sols à retenir l’eau et en contribuant à l’érosion. Une diminution des précipitations de l’ordre de 18% aurait été occasionnée par ce phénomène…
Autre défi majeur: la pollution des cours d’eau, des nappes phréatiques et des océans. Le rejet de substances toxiques, qu’elles proviennent des industries, de l’agriculture ou des usages domestiques, dégrade la qualité de l’eau et limite son utilisation pour l’agriculture, la consommation humaine ou les écosystèmes.
Le changement climatique, par ailleurs, amplifie ces pressions. Il occasionne des catastrophes naturelles telles que les inondations et les sécheresses, avec des effets souvent simultanés : certaines régions peuvent connaître des périodes de sécheresse prolongées, suivies d’inondations soudaines. Par exemple, au Kenya et plus largement en Afrique de l’Est, les sécheresses chroniques, exacerbées par le réchauffement climatique, mettent en péril la sécurité de millions de personnes.
Ces différentes menaces mettent en lumière la nécessité d’agir rapidement pour protéger cette ressource vitale.
Les effets en cascade aggravants de la crise de l’eau
Pour ne rien arranger, l’effet domino est aussi là: chaque menace qui se manifeste pousse la suivante, entraînant des conséquences imprévues qui amplifient et compliquent la situation initiale. La raréfaction de l’eau dans des territoires entraîne le déplacement de population dans d’autres régions où les ressources en eau étaient initialement à peine suffisantes, et ne finissent fatalement par plus combler les besoins. Autre exemple parlant avec le cas de la mer d’Aral, autrefois l’un des plus grands lacs du monde. L’irrigation massive pour les cultures de coton dans les années 1960 a significativement réduit son volume, avec des effets délétères: effondrement de la pêche, disparition de plusieurs espèces animales, et l’apparition de tempêtes de poussière toxiques issues des sols salins laissés à découvert.
Quelles perspectives et actions pour garantir l’accès à l’eau ?
Des difficultés attendues
La carte élaborée par World Resources met en lumière les régions qui seront les plus susceptibles d’être confrontées à des pénuries d’eau d’ici à 2040. De nombreux territoires occidentaux pourraient se trouver dans une situation critique voire particulièrement critique, à l’image du Portugal, des Etats-Unis et de l’Australie. Si notre pays semblerait moins vulnérable en la matière, le tarif de l’eau devrait y doubler (hors inflation) sur la même période selon le professeur, chimiste et chercheur Bernard Legube, ceci s’expliquant par la nécessité de retraiter davantage une ressource moins disponible et à la qualité dégradée de l’eau collectée.
La lutte pour inverser la tendance
Il existe néanmoins des initiatives porteuses d’espoir, impulsées par des acteurs locaux ainsi que par des organisations nationales et supranationales, qui œuvrent activement pour une gestion durable des ressources en eau et pour l’adaptation aux défis futurs.
A l’échelle nationale, le plan d’action pour une gestion résiliente et concertée de l’eau, datant de mars 2023, est forcément louable. Il favorise principalement des économies de la si précieuse ressource, avec notamment comme but de préserver une eau de qualité et d’inciter à une consommation raisonnée, avec un objectif de réduction de 10% d’eau prélevée d’ici à 2030. Les parties prenantes en France font aussi preuve de solidarité avec leurs homologues étrangers. La loi Oudin-Santini a encouragé les contributions financières des agences de l’eau et des collectivités territoriales à l’endroit de pays en développement, dans le but d’y améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement.
Des actions régionales peuvent limiter les dépendances de certains pays vis-à -vis d’autres en matière d’approvisionnement en eau, à l’image de l’Egypte puisant la sienne dans le Nil, fleuve essentiellement localisé en Ethiopie. Nous pensons au programme NEWater, ayant contribué à réduire sa dépendance à l’égard de la Malaisie. Il repose sur des technologies avancées telles que l’ultrafiltration, qui élimine les particules et impuretés, l’osmose inverse, qui retire les sels, métaux lourds, nitrates, sulfates et pesticides, sans oublier la désinfection par ultraviolets, garantissant ainsi une eau potable d’une qualité irréprochable.
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