Du 21 octobre au 1er novembre 2024 se tient la Cop 16 à Cali, en Colombie. Environ trois mois avant cette grande manifestation, une coalition d’acteurs du secteur privé ont décidé de lancer un appel pour promouvoir le rôle des entreprises dans la protection de la biodiversité. Une initiative louable à n’en pas douter, qui demeure néanmoins révélatrice des craintes éprouvées par de nombreux professionnels quant à l’environnement et la dégradation progressive de ses écosystèmes. Pourtant, ce n’est pas faute d’actions de communication alertant du déclin de la biodiversité aux quatre coins du monde. Expert dans les questions relatives au développement durable et à la biodiversité, Emmanuel Delannoy dresse un état des lieux édifiant : “Aujourd’hui, nous constatons un taux d’extinction des espèces 100 fois à 1000 fois supérieur au taux d’extinction naturel. Et c’est évidemment lié aux activités humaines”.
Bien que de nombreuses entreprises soient conscientes de leur impact environnemental, beaucoup sous-estiment les répercussions économiques liées à la dégradation de la biodiversité. D’après une étude du Boston Consulting Group datant de 2021, parmi les entreprises du CAC 40, 5% seulement estiment que la perte de biodiversité a un impact élevé pour les actionnaires. Guère rassurant quand on sait que c’est cette catégorie de très grandes organisations qui sont responsables d’une part significative des émissions de CO2…
Ce qui rend la préservation de la biodiversité encore plus complexe, c’est qu’il n’existe pas à ce jour d’indicateur commun pour évaluer efficacement le vivant. Contrairement aux enjeux climatiques, où des références comme les tonnes de CO₂ équivalentes ou l’objectif mondial de 1,5°C sont bien établis, la biodiversité manque de ce type de mesure partagée.
Plusieurs domaines d’activité dépendant directement de la biodiversité sont nécessairement en péril. Nous pensons notamment à ceux du tourisme, de la cosmétique et au secteur primaire, ce dernier ayant d’ailleurs déjà significativement diminué en France ces dernières décennies.
Il y a aussi le secteur sans doute insoupçonné du grand public de la pharmacie, dans la mesure où 70% des antibiotiques et médicaments contre le cancer sont issus de notre environnement naturel ou des produits inspirés par la nature. Le milieu agricole est quant à lui vulnérable à de multiples égards. Il faut savoir que près de ¾ des plantes cultivées dépendent d’insectes pollinisateurs dont les populations sont en baisse criante. Sans compter l’effet boule de neige qu’une poursuite du déclin pourrait avoir sur les autres secteurs, qui ont forcément des relations économiques avec ceux que nous venons d’énoncer. A l’échelle d’un pays, les effets seraient dévastateurs si la tendance n’est pas inversée. A titre d’exemple, un effondrement partiel des écosystèmes pourrait amputer le PIB malaisien de 6 % par an d’ici 2030 (source : Banque Mondiale), une crise économique d’une ampleur analogue à celle occasionnée par la crise sanitaire en 2020. Tous les territoires sont concernés, et l’impact au niveau de la planète a déjà fait l’objet d’une évaluation inquiétante. Une perte de biodiversité coûterait à l’économie mondiale de 5 mille à 25 mille milliards de dollars chaque année.
Si le tableau dépeint vous semble un tantinet morose, il existe aussi des motifs d’espoirs à souligner, et la France n’est pas en reste en la matière. Directement ou indirectement, les entreprises sont encouragées à devenir de plus en plus vertueuses, à la lecture du plan d’action de la SNB 2030 (Stratégie Nationale pour la Biodiversité). On distingue notamment un accompagnement des organisations dans la mise en œuvre du reporting extra-financier exigé par la CSRD par BPI France et l’Ademe, et la mobilisation de financements privés en faveur de la biodiversité. Ce sont aussi des mesures visant à soutenir les secteurs économiques considérés comme prioritaires dont ceux mentionnés en début de deuxième partie. Il s’agit entre autres aussi de l’initiative Act4nature international, dont le MEDEF est partenaire, dans le domaine à l’attention entreprises. Ce dispositif encourage les organisations engagées (en particulier celles opérant au-delà de nos frontières) à “adopter 10 engagements communs ainsi que des engagements individuels”.
Mais dans ce combat, nous ne faisons évidemment pas le poids tout seul. Reste alors à savoir si des politiques volontaristes vont également être appliquées dans les autres pays. Mais s’il semble inquiétant d’observer que les plus gros pollueurs sont aussi les territoires avec la biodiversité la plus riche, précisons pour autant qu’ils ne font pourtant pas partie des pays ayant les émissions de CO₂ par habitant les plus élevées.
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