Article écrit par Qualit'ed le 25/08/2025

Le travail à l’épreuve du changement climatique

L’impact du changement climatique sur les métiers est en 2025 une réalité incontournable. Au-delà des transformations environnementales, ce phénomène modifie profondément les conditions de travail, entraînant des risques sanitaires et une nécessité croissante d’adaptation pour préserver la santé, la sécurité et la productivité des salariés.

La viticulture, particulièrement affectée par l’évolution climatique

Parmi les filières particulièrement exposées aux effets du changement climatique, la filière viticole française — qui génère la bagatelle de 92 milliards de chiffre d’affaires selon une étude du cabinet Deloitte — occupe une place notable. Les transformations observées affectent non seulement la qualité et la production du vin, mais aussi les conditions de travail des salariés, exposés à des risques sanitaires accrus. Ce sont les canicules, malaises, troubles respiratoires, maladies infectieuses émergentes, troubles mentaux, voire des effets cancérogènes liés à la pollution et à l’utilisation de produits chimiques. Face à ces enjeux majeurs, une partie de ses forces vives a structuré une réponse collective. Créés en 2010, les Vignerons Engagés réunissent 6 000 professionnels autour d’un label RSE, promouvant un développement durable face aux défis sociaux, environnementaux et économiques.

L’agriculture : un secteur significativement impacté par le changement climatique

Les événements climatiques extrêmes de 2022 (canicules, inondations, sécheresses) confirment la tendance lourde au réchauffement global et soulignent la nécessité impérative d’adaptation. En France, en dépit d’une bonne diffusion des connaissances scientifiques, les politiques d’adaptation progressent moins rapidement que les mesures d’atténuation, en raison de leur complexité à l’échelle des territoires et des incertitudes qui entourent les impacts à venir. Les collectivités doivent assumer politiquement des choix lourds face à des risques à moyen et long terme.

En la matière, la note publiée par France Stratégie le 29 juin 2023 apporte un éclairage précieux en analysant concrètement les effets du changement climatique sur un territoire spécifique, en l’occurrence le Dunkerquois. Là-bas, la montée du niveau de la mer et l’augmentation des précipitations remettent en question le système historique de drainage (appelé wateringues), crucial pour protéger ce territoire industriel, urbain et agricole. Le secteur agricole voit ses sols vulnérables aux variations d’eau, avec des enjeux à la fois de pertes potentielles et d’opportunités inédites.

Les agriculteurs sont de plus en plus confrontés à l’apparition de contaminants émergents dans les cultures, comme les mycotoxines produites par certains champignons dont la prolifération est favorisée par des épisodes combinés de chaleur et d’humidité. Ces toxines peuvent affecter la santé des travailleurs lors de la manipulation des récoltes contaminées, mais aussi compromettre la qualité sanitaire des productions. Autre effet préoccupant : la transformation chimique de certaines substances sous l’effet de la chaleur. De récents travaux de l’INRS montrent que des produits couramment utilisés dans les traitements agricoles, en particulier les solvants ou les adjuvants, peuvent voir leur toxicité ou leur volatilité s’accentuer lorsque les températures dépassent certains seuils.

L’augmentation rapide du nombre de pucerons cause des problèmes pour les cultures. Les insectes qui les contrôlent naturellement, comme les coccinelles ou les syrphes, peinent à suivre ce rythme accéléré. Plus sensibles aux variations climatiques, ils sont moins efficaces pour limiter les populations de ravageurs, ce qui expose les agriculteurs à des pertes de récolte et à une utilisation accrue de pesticides. La prolifération de moustiques et de tiques, qui transmettent des maladies telles que la dengue, le chikungunya ou la maladie de Lyme, s’intensifie également avec le réchauffement climatique. Ces parasites se développent plus vite et sur des territoires élargis, augmentant les risques sanitaires, notamment pour les travailleurs en zones rurales et forestières. De plus, la capacité des ennemis naturels à contrôler ces populations est amoindrie, compliquant la gestion de ces nouvelles menaces.

Plus de ⅔ des travailleurs déjà exposés à une chaleur excessive au travail

Qu’en est-il à l’échelle globale ? Le rapport 2024 de l’Organisation internationale du Travail (OIT), Heat at work, donne l’occasion de prendre la mesure des risques auxquels les travailleurs sont confrontés aux 4 coins du monde. Il révèle que près de 71 % de la main-d’œuvre mondiale est exposée à une chaleur excessive au travail, avec des disparités régionales fortes : en Afrique, aux États arabes et en Asie-Pacifique, ce taux atteint respectivement 93 %, 84 % et 75 %. Cette exposition croissante s’accompagne d’une augmentation notable des accidents du travail liés à la chaleur, notamment en Europe et en Amérique, où ces accidents ont augmenté de 16 à 33 % depuis 2000.

Le stress thermique représente donc un facteur majeur de risque sanitaire au travail, occasionnant non seulement des coups de chaleur, mais aussi des pathologies chroniques, telles que cardiaques, pulmonaires et rénales. Des études montrent que des températures supérieures à 24-26 °C entraînent déjà une baisse notable de la productivité. À 33-34 °C, un travailleur effectuant une tâche d’intensité modérée perd jusqu’à 50 % de sa capacité de travail, ce qui illustre l’importance cruciale de mesures d’adaptation. En 2020, plus de 230 millions de travailleurs dans le monde ont été exposés aux vagues de chaleur, entraînant environ la mort de 4 200 personnes. Le rapport de l’OIT indique également que ces risques affectent particulièrement les économies à faibles et moyens revenus, où les coûts liés aux blessures dues à la chaleur représentent jusqu’à 1,5 % du PIB national.

Quelles mesures pour réduire les risques au travail ?

Les effets des fortes chaleurs sur la santé et la sécurité au travail appellent des mesures adaptées. En premier lieu, la réglementation française impose à l’employeur une obligation générale de protection de la santé physique et mentale des salariés (article L4121-1 du Code du travail). Mais, nous pouvons craindre que le cadre légal reste bien insuffisant face à l’ampleur des risques liés aux canicules dont la fréquence et l’intensité devraient s’accroître. Les mesures spécifiques à la chaleur, notamment pour l’ensemble des travailleurs, ne sont pas encore pleinement intégrées, malgré des avancées récentes dans le secteur du BTP avec la possibilité de chômage technique indemnisé lors d’alertes canicule.

Pour l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), la prévention la plus efficace consiste à éviter ou limiter l’exposition à la chaleur. Elle a compilé dans une brochure, disponible sur son site depuis mai 2024, les bonnes pratiques à mettre en oeuvre. L’organisme recommande d’agir sur l’organisation du travail (des pauses fréquentes à la rotation des tâches en passant limitation du travail physique) et sur l’aménagement des locaux, dont la création de zones climatisées et l’intégration de systèmes de ventilation efficaces. Les équipements et matériels doivent être adaptés, en concertation avec les représentants du personnel et les services de santé au travail. Autre préconisation : l’évaluation des risques doit intégrer les paramètres environnementaux (température, humidité, rayonnement, etc.) et individuels.

Il est par ailleurs intéressant de parcourir le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), qui, via sa mesure 11, vise à renforcer les obligations des employeurs en matière de prévention. Ce plan prévoit notamment la poursuite de la surveillance de la mortalité liée aux vagues de chaleur, le renforcement des contrôles par l’inspection du travail, et l’amélioration des équipements de protection individuelle adaptés aux conditions caniculaires. Le PNACC entend étendre le régime de chômage technique au-delà du BTP, pour couvrir durablement les arrêts liés aux fortes chaleurs dans les métiers exposés en extérieur.

L’enquête « Dérèglements climatiques et santé au travail » du Conseil économique, social et environnemental (CESE) menée en 2023 révèle que 80 % des salariés se sentent personnellement concernés par le changement climatique, mais seulement 35 % constatent un engagement collectif réel dans leur entreprise ou administration. Ce décalage met en lumière la nécessité urgente de renforcer la prise de conscience et l’action collective pour mieux protéger la santé des travailleurs face aux risques climatiques.

Prenons contact

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit, sed do eiusmod tempor incididunt ut labore et dolore magna aliqua. Ut enim ad minim veniam…